Les Bucoliques (1905) de Jules Renard comprennent une section intitulée Minutes d’horloge de ces 25 textes.
Histoires campagnardes, scènes drôles ou mélancoliques, jamais très tristes, souvent vrais poèmes en prose, que vous pouvez écouter d’une traite ou en fragments, en vous imaginant vivre au temps de la photographie balbutiante et des sabotiers cachés dans leurs échoppes :
Lisez Le Portrait :
« Ce qui me frappe d’abord, chez ces pauvres gens, c’est un portrait de Victor Hugo collé au mur entre la cheminée et le plafond.
Le grand homme, celui que j’aime par-dessus tous, croise les bras et regarde, avec pitié, cette famille de misérables. Et peut-être qu’il les aide à vivre. Ils n’ont rien lu de lui. Victor Hugo était-il plus qu’un évêque ou qu’un ministre ? Ils l’ignorent. C’était quelqu’un dont on parlait beaucoup dans le Petit Journal et qu’on a enterré aux frais de l’État.
Voilà ce qu’ils savent.
Et dès qu’ils lèvent la tête vers l’image, elle les réconforte. Elle remplace le bon Dieu que personne ne voit jamais, qui a tort de ne pas se montrer plus souvent, et peu s’en faut qu’ils ne la prient.
Ainsi nous sommes égaux dans une même foi.
Leur culte m’attendrit et, les yeux au portrait, je crierais : « Vous êtes de braves cœurs ! » et j’embrasserais la femme et les petits, si le père ne me disait à temps : « Je l’ai mis là pour boucher le trou du tuyau du poêle. » »
Couverture de “Bucoliques”, par George Auriol.
merci