VERHAEREN, Emile – Poésies

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  • #145649
    VictoriaVictoria
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      VERHAEREN, Emile – Poésies

      Ardeur des sens, ardeur des coeurs…

      Ardeur des sens, ardeur des coeurs, ardeur des âmes,
      Vains mots créés par ceux qui diminuent l’amour ;
      Soleil, tu ne distingues pas d’entre tes flammes
      Celles du soir, de l’aube ou du midi des jours.

      Tu marches aveuglé par ta propre lumière,
      Dans le torride azur, sous les grands cieux cintrés,
      Ne sachant rien, sinon que ta force est plénière
      Et que ton feu travaille aux mystères sacrés.

      Car aimer, c’est agir et s’exalter sans trêve ;
      O toi, dont la douceur baigne mon coeur altier,
      A quoi bon soupeser l’or pur de notre rêve ?
      Je t’aime tout entière, avec mon être entier.

      #145650
      VictoriaVictoria
      Participant

        VERHAEREN, Emile – Poésies

        C’est la bonne heure où la lampe s’allume

        C’est la bonne heure où la lampe s’allume :
        Tout est si calme et consolant, ce soir,
        Et le silence est tel, que l’on entendrait choir
        Des plumes.

        C’est la bonne heure où, doucement,
        S’en vient la bien-aimée,
        Comme la brise ou la fumée,
        Tout doucement, tout lentement.

        Elle ne dit rien d’abord – et je l’écoute ;
        Et son âme, que j’entends toute,
        Je la surprends luire et jaillir
        Et je la baise sur ses yeux.

        C’est la bonne heure où la lampe s’allume,
        Où les aveux
        De s’être aimés le jour durant,
        Du fond du coeur profond mais transparent,
        S’exhument.

        Et l’on se dit les simples choses :
        Le fruit qu’on a cueilli dans le jardin ;
        La fleur qui s’est ouverte,
        D’entre les mousses vertes ;
        Et la pensée éclose en des émois soudains,
        Au souvenir d’un mot de tendresse fanée
        Surpris au fond d’un vieux tiroir,
        Sur un billet de l’autre année.

        #145651
        VictoriaVictoria
        Participant

          VERHAEREN, Emile – Poésies

          Chaque heure, où je songe à ta bonté

          Chaque heure, où je songe à ta bonté
          Si simplement profonde,
          Je me confonds en prières vers toi.

          Je suis venu si tard
          Vers la douceur de ton regard,
          Et de si loin vers tes deux mains tendues,
          Tranquillement, par à travers les étendues!

          J’avais en moi tant de rouille tenace
          Qui me rongeait à dents rapaces,
          La confiance
          J’étais si lourd, j’étais si las
          J’étais si vieux de méfiance,
          J’étais si lourd, j’étais si las
          Du vain chemin de tous mes pas.

          Je méritais si peu la merveilleuse joie
          De voir tes pieds illuminer ma voie,
          Que j’en reste tremblant encore et presque en pleurs
          Et humble à tout jamais, en face du bonheur.

          #145652
          VictoriaVictoria
          Participant

            VERHAEREN, Emile – Poésies


            Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière

            Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,
            Baise-les longuement, car ils t’auront donné
            Tout ce qui peut tenir d’amour passionné
            Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.

            Sous l’immobile éclat du funèbre flambeau,
            Penche vers leur adieu ton triste et beau visage
            Pour que s’imprime et dure en eux la seule image
            Qu’ils garderont dans le tombeau.

            Et que je sente, avant que le cercueil se cloue,
            Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains
            Et que près de mon front sur les pâles coussins
            Une suprême fois se repose ta joue.

            Et qu’après je m’en aille au loin avec mon coeur,
            Qui te conservera une flamme si forte
            Que même à travers la terre compacte et morte
            Les autres morts en sentiront l’ardeur !





            #145653
            VictoriaVictoria
            Participant

              VERHAEREN, Emile – Poésies

              Pour que rien de nous deux n’échappe à notre étreinte

              Pour que rien de nous deux n’échappe à notre étreinte,
              Si profonde qu’elle en est sainte
              Et qu’à travers le corps même, l’amour soit clair ;
              Nous descendons ensemble au jardin de la chair.

              Tes seins sont là ainsi que des offrandes,
              Et tes deux mains me sont tendues ;
              Et rien ne vaut la naïve provende
              Des paroles dites et entendues.

              L’ombre des rameaux blancs voyage
              Parmi ta gorge et ton visage
              Et tes cheveux dénouent leur floraison,
              En guirlandes, sur les gazons.

              La nuit est toute d’argent bleu,
              La nuit est un beau lit silencieux,
              La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
              Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.

              #142056
              VictoriaVictoria
              Participant
                #145654
                VictoriaVictoria
                Participant

                  VERHAEREN, Emile – Poésies

                  Vous m’avez dit, tel soir…

                  Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles
                  Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
                  Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles,
                  Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

                  Vous me parliez des temps prochains où nos années,
                  Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
                  Comment éclaterait le glas des destinées,
                  Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir.

                  Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte,
                  Et votre coeur brûlait si tranquillement beau
                  Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte
                  Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

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